
VICTOR SEGESVARY : LE RÉALISME KHROUCHTCHÉVIEN — Deuxième partie. La nouvelle approche économique -
- Chapitre V. La nouvelle approche et le Proche-Orient -
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Ce tableau démontre qu'à partir de 1956 un véritable tournant s'est produit dans les relations
commerciales de l'URSS et des pays du Tiers-Monde. Tandis que les échanges de la première
n'augmentent que de 65 % avec les pays capitalistes, entre 1955 et 1958, ils quadruplent avec les pays
coloniaux ou indépendants d'Asie et d'Afrique pendant la même période, justement à cause de la
surprenante relance survenue en premier lieu dans les rapports soviéto-égypto-syriens.
Parmi les pays arabes du Proche-Orient, l'Egypte vient incontestablement en tête ; elle est le principal
partenaire de l'Union Soviétique. Les échanges entre les deux pays se sont multipliés par 7 de 1955 à 1958,
mais leur augmentation est de 5,7 % seulement de 1959 à 1960. Ce sont avant tout les exportations
égyptiennes en direction de l'URSS qui se sont accrues, aux dépens des exportations dirigées auparavant
vers les pays occidentaux, tandis que les importations proviennent encore en grande partie de l'Ouest
17
.
Toutefois, l'URSS a remplacé dans les échanges extérieurs égyptiens le Royaume-Uni comme partenaire
individuel le plus important, et en 1957, elle s'assure plus de 20 % du total des échanges du pays des
Pharaons, proportion qui n'est que de 4,1 % en 1956
18
.
La Syrie s'est rangée en deuxième position derrière l'Egypte
19
, tandis qu'avec le Liban, le Soudan et le
Yémen, les contacts commerciaux restent à leur niveau initial
20
. Après la révolution abolissant la dynastie
des Hachémites, les relations économiques de l'Irak avec l'URSS se développent à une rapidité foudroyante,
mais l'accent est surtout mis sur l'assistance technique, car l'URSS ne constitue pas un marché pour le
produit d'exportation le plus important de l'Irak, le pétrole. Finalement, il est à noter que la Jordanie,
l'Arabie Saoudite et les petits pays, producteurs de pétrole, longeant la côte du golfe Persique sur la
péninsule arabique, ainsi que les protectorats britanniques, ne font pas d'échange avec l'Union Soviétique.
La structure des échanges
Les gouvernements des pays arabes émancipés ont manifesté, tous, la volonté de briser le cercle vicieux
dans lequel les pays sortant de l'état colonial se débattent, et de transformer l'économie nationale à
prédominance agricole et dépendant de l'exportation de quelques matières premières ou produits de base,
en une économie diversifiée. Ils espèrent avant tout conduire leurs pays respectifs vers une rapide
industrialisation.
Leurs efforts coïncident avec le revirement de la politique soviétique envers le Tiers-Monde, politique qui
préconise elle aussi, pour des raisons différentes de celles des leaders des nations indépendantes, une
industrialisation accélérée des pays en voie de développement. Quoique les Soviétiques aient accepté la
conception de la distribution du travail à l'échelle mondiale, ils ne l'ont pas conçue en tant q'une division
insurmontable entre les pays produisant des matières premières et les Etats hautement industrialisés.
La nouvelle politique économique soviétique de l'ère khrouchtchévienne a mis un accent particulièrement
prononcé sur la livraison de machines et d'installations industrielles complètes aux pays en voie de
17
Parlant des pourcentages du commerce égyptien avec les pays du bloc socialiste, et non avec l'URSS seulement, le
professeur Sayegh indique que la moyenne des exportations égyptiennes en direction du bloc et des pays occidentaux
sont respectivement de 35 et 29 % ; tandis que l'Egypte a importé trois fois plus de l'Ouest, les pourcentages
correspondants étant de 18 et 56 %. Selon le Voprosy Ekonomiki, N° 1, 1957, p. 23, la part des pays communistes dans
le total des exportations égyptiennes a été de 15 % en 1955 et de 35 % en 1956, tandis qu'ils fournissent seulement 7 %
et 15 % des importations égyptiennes au cours des années indiquées.
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Vnjechnaja Torgovlja, N° 2, 1958, pp. 34-35.
19
Le professeur Sayegh estime que 10 % des exportations syriennes se dirigent vers l'Est et 41 % vers l'Ouest. Quant
aux importations, 7 % et 59 % étaient les chiffres respectifs. Voir aussi ALLEN, op. cit., pp. 23-24.
20
Le commerce soudanais avec les pays socialistes a été toujours de quantité négligeable. Depuis 1953 l'accroissement
du pourcentage de ces derniers dans les échanges soudanais a été considérable, mais les chiffres absolus, 6 millions et
7 millions de dollars des exportations et des importations soudanaises, respectivement, restaient très bas. Le commerce
du Liban avec les pays du bloc communiste est aussi très restreint et n'atteint guère les 10 millions de dollars dans les
exportations et importations libanaises. ALLEN, op. cit., pp. 25-26.
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